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L’empreinte environnementale du numérique équivaut de 2 à 3 fois la taille de la France

On entend souvent cette phrase. Mais que représente-t-elle exactement ?

Je voulais, tous d’abord, aborder le sujet en partant de la base, qu’est ce que c’est et qu’est ce que ça représente ?

Seulement 40% des Français font le lien entre leur ordinateur et leur téléphone et le réchauffement du climat. Beaucoup ne sont pas conscients que l’envoi d’un mail, par exemple, a un impact sur l’environnement.

 

Qu’est ce que la pollution numérique ?

Visionner un film, faire une recherche sur Google, envoyer un e-mail et les stockers dans une boîte mails, utiliser un objet connecté…Toutes ces actions nécessitent une activité numérique qui demande beaucoup d’énergie et émet des gaz à effet de serre, qui est responsables du changement climatique. C’est ce que l’on appelle la pollution numérique.

Le secteur du numérique représente aujourd’hui environ 4% des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial, ses émissions ont dépassé celles du transport aérien. C’est également 11 % de l’énergie mondiale qui est utilisé pour fonctionner internet.

J’appuie mes propos grâce à l’étude du Green IT, un lieu de réflexion sur le numérique est son impact, présidé par Frédéric Bordage. Il mène depuis plus de 15 ans des études sur le numérique responsable. En novembre, ils ont sorti les dernières études.

Le numérique n’est pas immatériel, bien au contraire. Il est constitué d’ordinateurs, écrans, Smartphones, de millions de kilomètres de câbles en cuivre et de fibres optiques, de milliers de centres informatiques, de milliards de chargeurs de téléphones, etc.

On découpe généralement le numérique en 3 : les utilisateurs, les centres informatiques, et les réseaux qui relient les utilisateurs entre eux et aux centres informatiques.

  • 28% aux équipements
  • 47 % sont dues aux infrastructures
  • 25% aux data centers

Les utilisateurs

 

En 2019, le numérique mondial c’est environ 34 milliards d’équipements informatiques (hors accessoires tels que les chargeurs, clavier, souris, clés USB, etc.) qu’il a fallu fabriquer, relier entre eux par des millions de kilomètres de câbles et qu’il faut alimenter en électricité. Les équipements les plus répandus sont les smartphones (3,5 milliards), les autres téléphones (3,8 milliards), les dispositifs d’affichages tels que les télévisions, écrans d’ordinateur, et vidéoprojecteurs (3,1 milliards). Et, bien évidemment, les objets connectés : enceinte Bluetooth, montre, thermostat, etc.

Un internaute génère 200 kg de Gaz à effet de serre et 3 mille litres d’eau par an en utilisant l’outil du Web.

 

Les réseaux

 

Au milieu, le réseau relie les terminaux des utilisateurs entre eux et aux centres informatiques. Les câbles sont composés de cuivre et de fibre optique. Soit 1,1 milliard de box DSL / fibre, 10 millions d’antennes relais (2G à 5G) et environ 200 millions d’autres équipements actifs réseau WAN (réseau étendu hors les murs) et LAN (réseau local dans les murs).

 

Les centres informatiques

 

En comparaison, les quelques milliers de centres informatiques (data center) représentent le trait du crayon avec au plus 67 millions de serveurs hébergés et à peine plus d’autres équipements informatiques les accompagnants.

Tout cela c’est sans compter que seulement 55% de la population mondiale est internaute en juin 2018. Donc, imaginons si 100% de la population était connecté. L’ensemble est utilisé par environ 4,1 milliards d’êtres humains, soit un peu plus de 8 équipements par utilisateur ( Notre ordinateurs, tablette, smartphone, notre montre, notre enceinte Bluetooth, le thermomix, le thermostat de la maison)  avec de très fortes disparités géographiques. Cet univers numérique des millions de tonnes, soit 179 millions de voitures ce qui correspond à 5 fois le poids du parc automobile français.

La consommation d’électricité due à la numérisation augmente de 8,5% par an

 

 

Nous ne devons pas oublier l’impact environnemental de la fabrication

 

La fabrication de Smartphones, de l’approvisionnement en matériaux à l’assemblage, représente plus de 80% des impacts environnementaux.

Les transports ont également une empreinte environnementale importante, par exemple, un téléphone portable fait quatre fois le tour du monde avant d’arriver dans nos mains. Les différentes parties d’un appareil électronique proviennent souvent du monde entier, ce qui entraîne de nombreux transports maritimes, fluviaux ou aériens.

90% de l’impact environnemental du notre nouveau Smartphone a était créée à la fabrication.

 

 

Mais également celle des  E-déchets et du recyclage

 

Les 710 millions d’appareils électroniques fabriqués en 2015 ont généré 1,5 million de tonnes de déchets, soit l’équivalent de 166 fois la taille de la tour Eiffel.

Le recyclage des appareils est un enjeu environnemental, car la majorité d’entre eux sont envoyés à la décharge et contiennent des éléments potentiellement dangereux pour l’homme et l’environnement. Ils sont généralement acheminés vers des pays du Sud tels que la Chine, où le tri coûte moins cher, mais où le recyclage des appareils électroniques pose déjà problème.

Globalement, seulement 1% des téléphones mobiles sont recyclés.

 

Mais qu’en est-il de l’impact à long terme ?

 

Green IT, mais également le point sur le caractère non renouvelable du numérique.

Contrairement aux renouvelables, les ressources non renouvelables telles que les minerais, terres arables et autres énergies fossiles, sont issues de sources dont les stocks s’épuisent, car ils se renouvellent moins vite qu’on ne les consomme. Il leur faut des centaines de milliers  voir millions d’années pour être fabriqués par la nature.

Depuis des décennies, les scientifiques nous alertent sur la confrontation entre notre échelle de temps (anthropique) et l’échelle géologique : notre demande est tellement forte que nous sommes en train d’épuiser tous les stocks.

En tout logiques, les biens fabriqués à partir de ressources  sont eux aussi non renouvelables.

À l’échelle de quelques générations d’êtres humains (1 à 5 selon les matières premières), il ne sera plus possible de fabriquer ces biens.

C’est le cas notamment du numérique dont les appareils – Smartphones, ordinateurs, écrans, etc. – sont de grands consommateurs de minerais et d’énergie fossile. Nous ne serons bientôt plus capables de fabriquer ces équipements, car les stocks de matières premières s’épuisent très rapidement.

Et d’ici quelques années, il aura les premières pénuries.

En concurrence directe avec les fabricants d’équipements numériques, les constructeurs automobiles craignent notamment une pénurie sur des ressources tels que le cuivre, le cobalt, et le lithium.

Pour donner l’exemple du Green IT, les assistants vocaux personnels devraient mobiliser 1,5 million de tonnes de cuivre en 2030 contre 38 000 tonnes aujourd’hui.

Mais en plus d’être une ressource non renouvelable, mais aussi, épuisable

L’utilisation de ses terminaux à une durée de vie limitée. Comparée au début de l’informatique la durée de vie d’un ordinateur a été divisée par 2 ou 3 et celle d’un téléphone par 20, nous gardons notre téléphone en moyenne 18 mois.

En tant que ressource, le numérique est donc aussi épuisable. Car, même en les réparant – ce qui est devenu très difficile – les appareils finissent par rendre l’âme.

 

Le prochain épisode sortira le 22 janvier et j’aurai le plaisir d’accueillir Monique Sallaz, Neuro-scientifique et Coach pour les zèbres, qui nous expliquera comment réagit notre cerveau face au numérique.

 

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